Politique de la ville : à qui profite le fric ?
La politique de la ville n'est pas avare de projets artistiques "visant" des publics dit "prioritaires". Le must du must du public prioritaire c'est, vous vous en seriez peut-être doutés, le jeune. Le jeune de quartier s'entend ! Le jeune qui habite dans un quartier lui aussi prioritaire. S'il est délinquant, c'est un plus mais pas une condition sine qua non : suffit qu'il habite dans la bonne rue.
Car en politique de la ville c'est le territoire qui est prioritaire et qui donc définit la population qui doit l'être. Curieux sens des priorités, mais ce n'est pas mon sujet.
Or donc, on cherche régulièrement à impliquer le jeune ! Pourquoi ? Passque la culture, le projet construit, le regard positif, le désenclavement, l'aventure humaine, tout ça... Vous répondront immanquablement les personnes qui y croient encore (ou font semblant d'y croire). Plus prosaïquement (et cyniquement, je vous l'accorde), parce que ça rapporte du pognon et permet de financer des projets artistiques qui ont du mal à boucler leur budget par ailleurs.
Alors paf, on demande aux structures de quartiers de trouver des jeunes pour monter un super projet. Les animateurs partent alors avec leur filet à jeunes, chasser le gibier là où il aime nicher ou se reposer, c'est à dire au pied des immeubles, sur un banc, ou sur un muret...

C'est généralement une longue traque mais il peut arriver qu'un animateur particulièrement persuasif ou qu'un jeune particulièrement sympa (car, le croiriez-vous, le jeune est globalement sympa, même s'il fait parfois un peu ou beaucoup le con) permettent après de multiples efforts de créer un groupe (on se rend d'ailleurs souvent compte que les groupes, du moins ceux qui durent, sont composés de jeunes qui n'ont pas beaucoup de difficultés. Mais on s'en fout, ce sont des jeunes de quartiers, ils ont le bon profil ! Et de toutes façons, des jeunes avec des problèmes foutent le bordel et risquent de faire capoter le projet alors...).
Dès lors, le projet commence. Il peut arriver que le groupe soit motivé et tienne jusqu'au bout, mais c'est très rare (et souvent, le jeune n'a pas le profil du délinquant comme celui qui fait peur à la télé).
Le plus souvent, on leur fait signer un contrat d'engagement (on adore ça dans l'animation et la politique de la ville, le contrat d'engagement !) au début pour qu'ils viennent à toutes les séances et participent au spectacle final. Généralement, à la 2ème séance, on a déja perdu 1/5ème de l'effectif. A la 3ème ou 4ème, la moitié. Je vous rassure, il reste toujours un peu à la fin, ceux dont je vous parlais au début, ceux qui n'ont pas trop de soucis et qui ont envie de vous faire plaisir.
Et au final, qu'il reste le quart, la moitié, ou les 3/4 du groupe, que les jeunes se soient réellement impliqués ou que l'animateur ait porté le projet à bout de bras de A jusqu'à Z, on obtient toujours des discours dithyrambiques des financeurs, des artistes et des structures de quartiers, qui vantent la beauté du projet, l'investissement "des jeunes des quartiers", les efforts déployés, en exhibant le jeune alibi qui est le seul a fermer sa bouche parce qu'il ne maitrise pas l'art de la communication comme tout ceux qui sont en train de parler de lui et pour lui.
Pourquoi je vous parle de ça ? Parce qu'il n'y a pas longtemps, on a reçu dans la structure où je bosse le mail que j'ai recopié ci-dessous.
Dans ce mail, on voit :
- que la place des jeunes n'est pas nécessaire au spectacle : on cherche à justifier leur possible présence en voyant comment on peut les faire coller au projet de base (jusqu'à leur proposer de servir de guide !).
- que toutes les précautions sont prises pour se dire que si c'est vraiment trop foireux, on réduira la part du jeune dans le spectacle.
Avant de vous laisser avec cette lecture qui n'est plus de moi, juste pour terminer par une note positive : il arrive parfois que des allumés rencontrent d'autres allumés, et qu'un groupe motivé émerge pour réaliser un vrai truc chouette. Mais c'est très rare...
L'artiste de 32 ans a pour objet de réaliser une fresque sur les murs mêmes de la
TUUUUUUUUT ainsi qu'une pièce de théâtre d'ombres à l'aide de marionettes géantes (voir synopsis plus bas). TUUUUUUUUUUT serait heureux de collaborer avec des jeunes issus ou non de la culture "hip-hop" et qui souhaiteraient être investis dans son projet. Il est très ouvert quant à l'aboutissement du projet et des différentes possibiltés de niveaux de collaboration entre les jeunes et lui. Les jeunes pourraient par exemple :
- raper et/ou danser pour accompagner le projet
- monter une performance pour accompagner le spectacle d'ombres de marionettes
- concevoir des paroles et une musique pouvant s'intégrer au spectacle
- être maîtres des marionettes
- servir de guide à TUUUUUUUUUT à Vaulx et au-delà...
Le niveau de collaboration dépendra de l'investissement de chacun, de ses envies, possibilités, propositions et évidemment de la manière dont le courant passera entre les jeunes et l'artiste.
Par ailleur, je vous laisse en dessert le synopsis du projet qui vaut à lui seul son pesant de cacahuètes :
"Un coeur emballé dans un réfrigérateur"
L'histoire racontée a pour sujet la violence domestique et la manière dont les événements, ailleurs dans le monde, peuvent l'influencer. L'histoire aborde différents questionnements : les rapports entre le privé et le public, entre l'homme et la femme, entre l'individu et la communauté... L'histoire parle plus particulièrement des tragédies familiales, lorsque la violence devient le seul moyen de résoudre les problèmes. Un couple traverse une crise dans leur mariage parce que la femme vit uen relation avec un autre homme. La situation se complique car leur fils d'avère être transsexuel. Après de nombreux conflits, le mari jaloux tue sa femme.
A la fin, tous les personnages meurent...