Hadopi et la Grande Famille de la Gauche

Publié le par Spartacus

La loi Hadopi, outre les questions qu'elle provoquent sur son contenu même, aura eu pour effet collatéral de poursuivre l'oeuvre de désintégration de la gauche.
De la gauche, ou plutôt de ce qu'il en reste, égarée qu'elle est dans un monde où elle ne sait plus prendre ses marques, faute d'idéaux et d'un projet de société ancré dans le présent et porteur d'espoirs pour le futur.

Maxime le Forestier, Juliette Gréco, Pierre Arditi, Michel Piccoli, et Bernard Murat, emblématiques figures artistiques de la "Grande Famille de la Gauche" s'il en est, ont adressé le 4 mai une lettre ouverte à Martine Aubry et au PS pour dire tout le mal qu'ils pensaient du positionnement du PS dans cet affaire : "Vous nous avez adressé un message de rupture (...), vous avez perdu notre soutien, peut-être n'est-ce pas si grave après tout ? Mais il nous semble aussi, et cela est plus fâcheux, que vous avez également perdu votre âme."

Peste ! Comme ils y vont ! Mais c'est que la gauche se trouve confrontée, dans cette affaire, à un paradoxe monumental qui en dit long sur son état de coma avancé.
Que le PS se fasse taper dessus par ses copains, c'est bien fait pour sa gueule ! Son positionnement par rapport à cette loi n'a absolument aucun fondement idéologique si ce n'est celui de l'opposition systématique à Sarkozy et consorts. La preuve ? Il propose de taxer les internautes à hauteur de 2 ou 3 € par mois pour compenser les pertes dues au téléchargement ! Donc, au lieu de proposer la sanction ciblée, il choisit la sanction collective, ce que je trouve éminemment contestable.
Que les artistes soient en faveur de la loi, c'est pas très étonnant, ils défendent leur gamelle, c'est dans l'ordre des choses. Mais bon, qui a perdu son âme dans cette histoire, là est sans doute la vraie question !
Car, malgré tout le respect que je dois à ces braves gens, ils nous ont, par leur intervention, servi la soupe froide et rance du "c'était mieux avant" en refusant d'admettre la réalité d'internet et du profond bouleversement que cet outil a engendré dans le rapport au monde, aux choses, aux objets, aux productions.
Quand le Forestier dit : "le téléchargement n'est pas une chose normale", peut-être qu'il a raison, je n'en sais rien, mais c'est le combat de don Quichotte.
Quand il ajoute que "ce sont les radios qui font connaître les artistes", on perçoit à quel point ce brave garçon est englué dans un système dont il refuse de reconnaître les failles et qu'il s'obstine à vouloir faire tenir debout alors que la baraque s'effondre de partout. Abonné au pigeon voyageur pour transmettre ses missives parfumées à l'élue de son coeur, il n'a pas manifestement pas encore eu l'occasion d'explorer internet et d'y découvrir les multiples possibilités de diffusions.
Et quand Arditi dit qu'il faut sans doute de nouveau adapter le projet de loi (reconnaissant ainsi qu'il est déjà obsolète avant même d'avoir été voté) mais qu'il faut quand même "se battre pour que cette loi existe", on touche à l'absurde.

Paradoxe donc, car le PS adopte un positionnement plus proche de l'idéologie libérale et du "laisser-faire" au nom du sacro saint principe de la liberté sur le net. Paradoxe aussi parce que les artistes défende la loi (règlementer pour réguler, vieux dada de la gauche) au nom de la préservation des maisons de disques et des producteurs qui ont verrouillé le marché artistique et formaté la culture pour en faire un produit marketing qui se vende bien.

J'en terminerai par quelques chiffres :
  • une place de cinoche hors abonnement : entre 9 et 10 €
  • un CD hors prix promos : entre 20 et 25 €
  • une place de concert : à partir de 35/40 € dès que tu veux voir une pointure un peu connue.
Quand on met la culture à ces prix là, il ne faut pas s'étonner que le quidam lambda s'arrange pour aller la chercher à moindre coût.
Perso, je ne télécharge pas. Ce n'est ni par principe, ni par conviction. Simplement, je n'aime pas collectionner, engranger, capitaliser... Par contre, j'ai un autre principe : je ne vais jamais dans un concert à plus de 30 €, je ne vais pas dans les cinés qui vendent des places à plus de 6 €, et je n'achète pas les CD ou DVD  à plus de 15 €.  Et curieusement, dans cet espace restreint, je trouve encore largement de quoi me faire plaisir.

Alors, oui, au lieu de mener des combats d'arrière-garde, il me semble que le monde artistique ferait mieux d'interroger son fonctionnement, d'accepter de se remettre en cause et de revenir aux fondamentaux pour trouver avec le public (et non pas contre lui) les moyens de continuer à faire vivre la musique et tout le reste.

 AMEN !


Publicité

Publié dans Actu et politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Hola,Je détruis le clog fictif mercredi. Ce serait bien si vous pensiez à un nom de domaine. Mais on peut le faire si ça t'es égal. Mets donc un commentaire sur www.loslocosmotivados.wordpress.comavant explosion.Bonne journée
Répondre
P
Tu as bon! Bravo! Je publierai ton commentaire plus tard. Pour laisser aux autres concurrents le temps de chercher et -bien sûr car mes lecteurs sont de qualité- de trouver.
Répondre
S
<br /> Ouaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis !!!<br /> (pour ceux qui n'auraient pas compris, voici le lien pour faire la lumière !<br /> <br /> <br />
P
Alors là, je suis content. Pourquoi me fatiguerais-je à donner mon opinion si tu la donnes à ma place et avec quel talent! Pour les dépenses "culturelles", j'adopte les mêmes principes. Mais je ne télécharge pas non plus. J'écoute la radio (ou pas), je regarde la télé (ou pas) et je lis quand je veux (souvent et longtemps). Et salut!
Répondre
S
<br /> Merci du compliment !! Cela dit, toutes les opinions, même concordantes, sont intéressantes à lire parce que je me suis aperçu en écrivant cet article, que les directions et les implications sont<br /> nombreuses sur ce sujet ! Y a largement de quoi étoffer la discussion !! A +<br /> <br /> <br />