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Entendue brièvement sur France Culture lundi matin, voici maintenant trois jours que je cherchais une trace de cette info sur internet pour pouvoir en parler. Trois jours… c’est vous dire si ça a fait la une de l’actu qui, il faut bien le dire, avait d’autres sujets bien plus intéressants à traiter : la réunion gouvernementale pour refouler les attaques de la méchante neige qui bloque tout, les éternelles bisbilles socialistes, les sempiternelles élucubrations de la droite, les drames miss francesques, et j’en passe, heureusement…
Trois jours disais-je, que je piste l’info selon laquelle
des manifestations d’ouvriers du textile bangladais auraient fait 3 morts dimanche dernier. Faut dire que 3 morts, c’est que dalle pour le Bangladesh qui compte 145 000 000 d’habitants,
c’est sans doute pour ça qu’aucun journal, aucune télé ne s’en est aperçu.
Rappelons au passage que nous avons fait chier toute la planète durant une bonne semaine pour quelques poubelles cramées, des vitrines brisées et des magasins pillés lors des manifestations d’octobre, en chantant tout ça sur l’air de l’insurrection et de la guerre urbaine… Sans même un blessé grave… Mais passons !
Alors pourquoi ces manifs au Bangladesh ? Même si tout le monde s’en fout, il me semble intéressant de s’y arrêter 5 mn, c’est bon pour rester en éveil.
En novembre dernier, après des mois de combats et de manifestations parfois violentes, les ouvriers du textile finissent par arracher un accord qui porte leur salaire mensuel de 18 € à la somme astronomique de 30 €.
Je vous l’accorde, une augmentation pareille, c’est quasiment scandaleux, éloignez Mme Parisot elle pourrait avoir une attaque.
Mais je rassure tout de suite tous ceux qui, comme moi, ont failli s’étouffer en découvrant cette somme faramineuse : si l’accord a été signé, il n’a pas été mis en oeuvre bien que le gouvernement ait menacé de poursuivre les entreprises qui ne l’appliqueraient pas.
Qu'à cela ne tienne. Un pays qui accorde comme ça des hausses de salaires à ses salariés surpayés, ça ne fait pas l'affaire des entreprises, et l'une d'elles a tenu à le faire savoir. En effet, suite à plusieurs manifestations violentes de son personnel exigeant le respect de cet accord, un grand groupe sud-coréen dont j’ignore malheureusement le nom a purement et simplement fermé ses 17 usines dans le pays, d’un seul coup.
Dans ta gueule !
Dans les champs de coton, il y avait les matraques pour faire bosser les esclaves. Aujourd’hui, il y a le
chantage économique qui existe partout mais à plus ou moins grande échelle. Les sud-coréens aiment faire les choses en grand : c’est tout un pays
qu’ils veulent mettre à genoux. Et quand on parle du terrorisme nucléaire de la Corée du Nord, on serait bien inspirés de se pencher un peu sur le terrorisme, économique celui là, de son voisin
du sud (qui n’est pas le seul à le pratiquer, il faut bien le dire).
Voila. Voila ce qui ne méritait pas plus que quelques instants dans un journal de France Culture, et un vide sidéral dans le reste de l’actu. Le Bangladesh est un pays qui n’intéresse personne exceptées les entreprises, tant qu’elles y trouveront de la main d’œuvre corvéable à merci pour 3 francs 6 sous. Pas de pétrole, pas d’uranium, pas d’intérêt stratégique, tout le monde s’en tape. Ils peuvent crever la gueule ouverte, ils sont juste bons à jouer les figurants quand les occidentaux veulent se donner bonne conscience dans de gigantesques opérations médiatiques de charité solidarité.
En attendant que la montée des océans, conséquence du réchauffement climatique, n’engloutisse définitivement le pays.
Quelques points de repère :
Le Bangladesh compte 4 500 entreprises textiles qui travaillent pour des marques occidentales comme Wal-Mart, H&M, Zara ou Marks & Spencer. Le secteur emploie trois millions et demi de personnes, dont plus de 80% de femmes. Les exportations de textile représentent l'essentiel des exportations totales du pays.
Depuis qu’il n’a plus de roms, d’algériens, de sénégalais ou de maliens à renvoyer chez eux, Besson s’emmerde. Intensément. Profondément.
Cet humble serviteur de l’état qui se voudrait paillasson pour essuyer les chaussures du Grand Suprême, voire slip kangourou pour absorber ses pets, se désespère de ne plus être sous la lumière du regard de son président chéri qui, lui, ne jure que par la sécurité et le traitement « Grands Voyageurs » des questions touchant à l’immigration.
Avant, c’était facile : un transfuge du PS, désigné ministre de l’immigration et de l’identité nationale, tenant régulièrement des propos lepénistes et prêchant pour une ligne politique défendue depuis toujours par l’extrême droite, y avait largement de quoi assurer la couverture médiatique de cet insignifiant étron. Plus Sarkozyste que Sarko, proposant tout et n’importe quoi pour plaire à son maître, Besson coulait des jours heureux sous le regard bienveillant de son Nicolas.
En retournant à l’Economie
Numérique, la chose devient tout de suite moins évidente, et il va falloir des trésors d’inventivité pour revenir sous les projos.
Mais là-dessus, aucune crainte à avoir, le bonhomme a de la ressource ! Moins d’un mois après sa nomination, il vient de trouver avec l’affaire Wikileaks un moyen formidable de faire parler de lui.
Le ministre de l'Industrie et de l'Economie numérique Eric Besson a saisi une autorité administrative pour lui demander de lui indiquer les modalités techniques de cette action.
Le site WikiLeaks diffuse depuis quelques jours des télégrammes diplomatiques américains secrets ou confidentiels, provoquant une vague de protestations des Etats-Unis.
"La France ne peut héberger des sites internet qui violent ainsi le secret des relations diplomatiques et mettent en danger des personnes protégées par le secret diplomatique", écrit Eric Besson dans un courrier transmis à la presse.
"Elle ne peut pas héberger les sites internet qualifiés de criminels et rejetés par d'autres Etats en raison des atteintes qu'ils portent à leurs droits fondamentaux", ajoute le ministre dans cette lettre.
Bon, on sent bien à travers ces déclarations que son passage par l’immigration a laissé des traces… Puisqu’il ne peut plus virer les bougnoules, expulsons les sites internet. Finalement, c’est la version numérique du précédent ministère, preuve qu’il sait encore s’amuser.
Concrètement, comme pour le reste d’ailleurs, cette proposition si elle est appliquée n’aura aucune incidence sur la diffusion des infos de Wikileaks au sein de l’hexagone puisqu’elles sont largement diffusées par d’autres sites. Besson, qui s’il est un salaud n’est pas complètement con, le sait. Une simple gesticulation de plus donc, histoire de faire parler de lui encore et toujours car il sait qu’il n’existe pas si on ne parle pas de lui.
Quitte à chier sur le droit à l’information.
Car enfin, cette histoire de Wikileaks, c’est quand même bien la diffusion d’informations de première bourre, un de ces rares instants où l’on sort du formatage politiquement correct imposé par les dirigeants politiques, par les médias et les lobbystes de tous poils qui te disent quoi penser et quoi dire. Un gigantesque pavé dans le bourbeux marécage planétaire pour enfin avoir une autre facette des rapports internationaux, et de l’état réel des relations géopolitiques. Un magistral coup médiatique qui, s’il embarrasse sérieusement le petit monde diplomatique, ne risque nullement d’envenimer quoique ce soit sur le plan international contrairement à ce que l’on veut nous faire croire (puisque c'est de toutes façons déjà un méga bordel généralisé...)
Ces révélations nous disent au contraire beaucoup de choses sur l’état du monde et le jeu diplomatique et en cela, c'est de l'information, c'est du boulot et de la matière pour les journalistes.
Besson est en train de faire une nouvelle charge contre le droit à l'information, en prétendant interdire de territoire l'info qui dérange et en criminalisant celle-ci. A sa décharge, il n'est
pas le seul puisque tout le mond
e s'y
met.
Et curieusement, je n'entend pas beaucoup de journalistes s'élever contre ça. Ils seraient même enclins, avec de vertueux accents, de prêcher pour le secret des échanges des dirigeants au nom d'un hypothétique équilibre planétaire et de l'aveugle confiance que le mouton met en ses chefs pour tout résoudre.
Le syndrome de Stockholm, peut être ?
Notre incapacité à résoudre les problèmes fait qu’on retrouve régulièrement en une de l’actu des sujets vus et revus, mais qui refont parler d’eux à l’occasion d’un fait divers et/ou de la prise de position d’un ministre quelconque.
Il en est ainsi des nombreuses difficultés du système de santé français par exemple, que 20 Minutes illustre aujourd’hui avec cette petite histoire que je vous résume.
Souffrant depuis la fin de la semaine dernière, Sébastien avait été examiné samedi à l'hôpital Robert-Debré, et était reparti avec des médicaments pour le mal de gorge essentiellement. Dans la nuit de mercredi à jeudi son état s'est aggravé. Le père appelle les pompiers vers 3h20, qui notent ses coordonnées et lui affirment qu'un médecin va passer à l'hôtel social où il habite provisoirement avec sa femme et ses deux enfants. Mais personne n'arrive. Les parents décident de se rendre à l'hôpital par leurs propres moyens. A la recherche d'un taxi, le fils sur les épaules du père, ils croisent des policiers en patrouille. Ces derniers appellent les pompiers et le Samu qui se présentent quinze minutes après. L'enfant fait un arrêt cardiaque dans le véhicule du Samu puis est transporté à l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière. Son décès sera annoncé aux parents vers 8h30 jeudi matin. Il serait mort d’une méningite.
En lisant cette histoire, avec mon mauvais esprit habituel, je me suis immédiatement posé une question : cet ado aurait-il bénéficié de la même prise en charge s’il avait habité dans un vrai appartement ? Je ne parle même pas du big loft parisien de 250 m2 en plein Marais, mais juste l’appartement d’une famille de classe moyenne Sup’ on va dire, une famille pas immensément riche mais plutôt à l’aise.
Je ne sais pas… Je soupçonne…
Aujourd’hui, Elisabeth Hubert (ancienne ministre de la santé)
remet un rapport à Nicolas Sarkozy concernant la médecine de proximité, dans lequel elle suggère notamment le paiement à l’acte gradué avec 4 ou 5 tarifs en fonction de la durée et de la
complexité de la consultation. Elle déclare : « on ne peut plus payer le même prix pour une consultation quelle que soit sa complexité ou sa durée. ».
Ah bon ? Pourquoi ce qui était possible hier ne l’est plus aujourd’hui ? Peut-être parce que depuis des années, on s’acharne à fracasser les systèmes de solidarités existants, que tout est à vendre, les voitures comme l’eau, l’électroménager comme la santé.
Que le système actuel, censé garantir un égal accès aux soins (!!) ne soit pas parfait, nul ne peut le contester. Mais le rapport d’Elisabeth Hubert semble vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain : puisque l’égalité d’accès n’est pas assurée, marchandisons les actes. Dans l’histoire, les médecins seront au moins contents (enfin, peut-être).
Jacques Domergue, député UMP, renchérit en déclarant que "le système actuel de paiement à l'acte a montré ses limites. S'il incite à l'activité du praticien, il peut cependant induire des comportements pervers liés à la surfacturation de certains actes et surtout à la réalisation d'actes inutiles".
C’est vrai que la graduation des paiements n’aura aucun effet pervers, comme par exemple privilégier les consultations longues et complexes, faire durer davantage les rencontres pour passer au palier supérieur, inciter les patients les plus pauvres à ne pas être trop malades (c’est vrai qu’ils sont plus souvent en bonne santé que le reste de la population, c’est connu) pour ne pas payer trop cher…
La véritable perversité est d’avoir depuis des années mis au rancart un certain idéal de solidarité visant à
faire assumer par l’ensemble de la collectivité les dépenses nécessaires à la bonne existence de chacun au sein de notre société. Nous n’agissons pas en fonction de
l’intérêt des autres mais en priorité pour le notre. Dès lors, il devient évident et nécessaire de faire payer en fonction de ce que l’on produit, le reste ne nous concerne plus. Les médecins
devraient-ils être des saints quand l’idéologie mercantile continue encore et toujours d’affirmer son modèle dominant, encouragée et facilitée par les instances gouvernementales et
politiques ?
Le problème n’est pas tant dans les systèmes que dans les idéologies et les hommes qui les proposent et les actionnent. Ce que l’on fait et fera des outils de solidarité en France et ailleurs sera le résultat de volontés politiques, rien d’autre. Autant dire qu’on est mal barrés…
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